Cauchemar et grande peur

Par: Martine Hubert
Publié le: 2007-11-11
Dernière mise à jour: 2007-11-11

Près de la côte : la jungle

Si 200% d’humidité était possible, ça ressemblerait à ce que je ressens. Il y a des journées qui commencent à 24ºC. Je suis complètement trempée après les 40 premières minutes. La température monte très vite à 32ºC… à l’ombre.

La végétation a horreur du vide, elle croît partout. Les routes sont très étroites. La jungle y est si dense que des hommes s’y attaquent à la machette de chaque côté de la route pour libérer tout juste la largeur et la hauteur des véhicules. Il n’y a pas d’espace pour me tasser, ce sont les véhicules qui doivent ralentir et attendre de pouvoir me dépasser.

Depuis mon arrivée au Mexique, je campe en milieu sauvage environ deux nuits sur trois. Dans les villes, question de douche et de sécurité, je couche dans des petits hôtels.

Quand c’est très humide, les mini-mouches sont voraces. Je traite les petites plaies à l’alcool car dans ce climat, une bonne hygiène devient essentielle.

J’essaie de me tenir à bonne distance des colonies de fourmis rouges. Elles sont rapides et “fortes comme des boeufs”. C’est assez fascinant de les voir découvrir mes miettes de biscuits. J’ai lu qu’elles peuvent manger une tente de nylon et j’imagine qu’elles ont donc l’estomac assez solide pour digérer ma tente de polyester si elles le décidaient...

La nuit, toutes sortes de grosses ombres volent autour de la tente. Je ne dirais pas que j’ai des phobies, mais je comprends ce que c’est que d’avoir peur de l’inconnu. La tarentule que j’ai vu traverser la route m’a donnée plus d’émotions que bien des ours.

Je découvre que je suis plus à l’aise de camper sur des terrains secs: j’y trouve un environnement et des insectes plus familiers. Il y a quelques jours, une vache et ses deux veaux ont été surpris de me découvrir campée à moitié dans leur sentier entre la rivière et leur pâturage. Intimidés, après 20 minutes, ils ont rebroussé chemin.

Mes lunettes m’ont bien protégée des deux ou trois collisions frontales que j’ai eues avec de gros coléoptères. Des papillons de 8 x 10 cm me survolent constamment. Ils sont tellement gros, et j’assiste souvent en gros plan à leur butinage juste à la hauteur de mes yeux.

Le cauchemar et la grande peur

Mardi 9 octobre : ça a commencé à Rincón Guayabitos, par une douleur à l’oeil droit et une hypersensibilité à la lumière, pas nécessairement du nouveau. Je pensais me rendre à Puerto Vallarta (à 65km) et y faire une pause d’une couple de journées comme j’avais fait à Ensenada.  Une fois sur le vélo, je me suis rendue compte que j’étais incapable d’ouvrir l’oeil droit à la lumière (déjà que je n’ai pas une bonne vision de l’oeil gauche avec mon verre de contact). Trop souvent, j’avais les deux yeux fermés qui pleuraient. Obligée d’arrêter à huit km de là, prendre une chambre dans un hôtel, à écouter les yeux fermés un des trois postes de télé et à essayer d’endormir la douleur.

Mon oeil gauche voyant très mal avec mes lunettes et incapable d’ouvrir l’oeil droit, c’était la première fois que je vivais en handicapée visuelle des deux yeux. À me demander si j’allais pouvoir partir le lendemain de cet endroit où l’hôtelier semblait vouloir profiter de la situation.

Mercredi 10 octobre : la douleur était un peu moins intense mais par contre, j’y voyais au travers d’un voile gris. En mettant mes verres de contact, j’ai réussi à me rendre à Puerto Vallarta avec une vision embrouillée habituelle à gauche et un voile gris inquiétant à droite. J’essayais de déchiffrer avec mes lunettes de presbyte la carte et l’adresse de l’hôtel dans le “centro” où j’espérais me rendre pour pouvoir avoir accès à un bon service d’ophtalmologie. Incapable de voir les détails de la chaussée, j’aurais pu facilement faire une crevaison.

  J’ai eu la journée pour m’inquiéter, une vision s’opacifiant n’est-elle pas un symptôme de cataracte ? Les médicaments que je prends, peuvent-ils causer une complication de cataracte ? Si c’est le cas, ça signifie probablement une chirurgie, un rapatriement et la fin du voyage. J’étais tellement inquiète qu’il ne me restait plus d’espace mental pour être déçue que l’aventure puisse se terminer si abruptement.

Rendue à l’hôtel, même scénario que la veille : les deux yeux sont hors d’usage.

Jeudi 11 octobre : consultation auprès du docteur Miramontes, chirurgien ophtalmologiste attentionné en qui j’ai pris rapidement confiance. Diagnostic : une infection (à champignons ou à bactéries) des tissus conjonctifs et cornéens. Sans traitement rapide, les lésions auraient pu dégénérer en ulcère de cornée. Traitement : éviter la lumière, antibiotiques, anti-inflammatoires, congé de verre de contact le temps qu’il faudra.

J’ai dû passer la plus grande partie du temps à “écouter” la télé dans la plus grande noirceur possible, mais il fallait quand même que je bouge un peu. Essayer de m'imaginer une dizaine de jours à Puerto Vallarta, avec mes lunettes de dépannage (qui me font sentir en panne). Marcher (et trébucher), cherchant l’ombre dans les rues pavées de galets et pleines de trous et sur les trottoirs comprenant de multiples marches. J’essayais de ne pas trop paraître mêlée, à moitié aveuglée par la lumière et le cerveau un peu confus tellement il était occupé par l'effort de concentration.

Samedi 20 octobre : j’ai pu remettre mes verres de contact en continuant les médicaments. J’ai passé la journée à savourer les paysages que je n’avais pas vu durant les 10 jours précédents.

Dimanche 21 octobre : j’ai pu repartir. Ça faisait drôle de me refamiliariser avec l’équilibre du vélo dans une montée sans relâche de 700 mètres par temps humide, à m’éponger constamment le front pour éviter que la sueur ne me coule dans les yeux.

  Depuis ce temps, je reste un peu inquiète. Au début de nouveaux symptômes d’irritation, je me suis procurée une nouvelle provision d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires et suis restée une journée de plus à Zihuatanejo pour voir comment ça allait évoluer. Pas facile de discerner quand ça dépasse le stade d’une irritation coutumière.

« On the road again »

Le voyage a repris avec d’autres belles et cocasses rencontres dont celle, courte, d’un homme qui m’a demandé en mariage 50% à la blague, 25% peut-être sérieusement et le reste, je ne sais pas trop…