La mitad del mondo

Par: Martine Hubert
Publié le: 2008-02-18
Dernière mise à jour: 2008-04-02

Costa Rica touristique

J’étais au Costa Rica entre Noël et le jour de l’An, au moment où le pays était envahi par les touristes dont il dépend économiquement. Certains veulent réussir à la manière américaine. La présence d’étrangers possédant des hôtels et entreprises touristiques n’aide pas. En essayant de plaire à tous (mais en ciblant surtout les visiteurs américains), les Costaricains oublient peut-être qu’ils pourraient mettre davantage en valeur leurs particularités culturelles.

Sur les conseils d’un Tico ("Costaricain"), j’ai  longé la côte plutôt que de continuer par l’étroite et très achalandée route passant par San Jose et le Cierro de la Muerte culminant à environ 3000m ! Je savais que les montagnes de la Colombie et de l’Équateur m’attendraient de pied ferme. 

Panama. Propositions armées

Chaud et plus humide. Des collines surprenantes à l’ouest de Santiago. Ici, on sent encore l’empreinte des États-unis qui ont bâti et contrôlé le Canal jusqu’à il y quelques années. 

Au cours de ce voyage, je me suis habituée à recevoir des propositions des hommes mais la plus plate que j’ai reçue est survenue sur le pont du Centenario, un des ponts qui traverse le canal, situé à plusieurs kilomètres de la côte. Un jeune policier m’a interceptée et m’a menacée d’une amende de $500 parce que je m’étais arrêtée sur le pont désert pour prendre des photos. Il m’a finalement extorqué un $5, mon adresse et le nom de l’hôtel où je prévoyais arrêter, prétextant une histoire à propos de son chef. Évidemment, je ne me suis jamais arrêtée à cet hôtel. Pas facile de penser vite, quand on se fait arrêter par un policier armé d’un fusil automatique. Ce n’est qu’au bout d’un petit moment que j’ai réalisé que c’était sûrement pour lui une façon de me draguer… Un abus de pouvoir.

La « mitad » ("milieu", "moitié") du voyage

Le Panama se trouve à la mi-chemin de mon parcours. Inévitablement je réfléchis, je fais le point. J’ai l’impression de terminer une première étape. 

En parcourant les pays d’Amérique Centrale, j’ai réalisé à quel point les États-Unis ont marqué l’histoire de chaque pays ayant vécu des conflits internes en s’y ingérant (quelquefois en les provoquant) pour protéger leurs intérêts politiques et financiers. Souvent en appuyant une des parties belligérantes puis l’autre, allongeant ainsi les conflits… et augmentant le nombre des victimes.

Malgré ça, je reste étonnée de voir combien plusieurs, surtout les jeunes et ceux qui commencent à avoir un peu de sous, sont à la poursuite du rêve matérialiste et subissent l’influence de la culture américaine.

Je suis un peu anxieuse d’entreprendre la Colombie. Ce qu’on en entend par les médias est sûrement sensationnaliste mais fait quand même un peu peur.

La Colombie, « chévere »  

J’ai choisi mon itinéraire pour tenir compte des régions où les activités de la guérilla sont plus calmes. Au sud de Popayan jusqu’à la frontière, le ministère des affaires étrangères du Canada a émis un avertissement d’éviter les déplacements inutiles (presque dans toutes les zones rurales en en ciblant certaines plus spécifiquement), mais ici les gens me disent que c’est calme en ce moment et m’ont expliqué quoi faire. Si je ne vois plus aucun véhicule circuler sur la route, c’est signe qu’il pourrait s’être produit un événement quelconque et je serais mieux d’attendre avant de continuer.

J’ai passé quelques jours à Bogota, pour prendre le feeling et m’acclimater un peu aux 2600 m d’altitude avant de reprendre le vélo. Capitale moderne et dynamique de 7 millions et demi d’habitants, j’ai été surprise par sa modernité et son avant-garde en terme de transport en commun. On y trouve un très grand réseau de voies cyclables. Je l’ai emprunté sur 12km à partir du centre-ville pour quitter la ville. Le jour où je suis partie de Bogota, j’ai grimpé 550 m pour en redescendre 2000 !

Au fond d’une vertigineuse vallée, Medellin n’est plus la ville otage de Pablo Escobar le célèbre narcotrafiquant. C’est devenu une ville dynamique et sécuritaire. Le dimanche, de grandes artères deviennent des cyclovias ("voies cyclables"). J’y ai fait la rencontre de Fernando qui m’invite chez lui, on a jasé de tout, ça a été une belle introduction à la Colombie.

Pour quitter Medellin, j’ai monté 1100m avec les encouragements de pleins de cyclistes sur des vélos de compétition et presque tous les autres gens rencontrés sur le parcours. J’ai redescendu 1750m en suivant souvent une crête de montagne avec des vues époustouflantes de chaque côté. D’autres journées sont plus planes sur un haut plateau ou dans une vallée entre les montagnes.

La Colombie, c’est le paradis pour une cyclotouriste : 3 hautes cordillières andines et des paysages vertigineux. Souvent dans les nuages ou au-dessus. Mais surtout, des gens chaleureux, qui ont un bel esprit de convivialité et qui en plus, ont une véritable passion du vélo... c'est un de leurs sports nationaux.

Presque tout le monde m’interpelle, me salue, m’encourage, se déplace de loin pour venir me jaser ou m’accueille comme de la famille. Ils comprennent mon trip et ça les fait rêver... Plusieurs m’invitent pour un breuvage, un repas, m’escortent jusqu’à un hôtel, m’offrent leur aide et leurs coordonnées au cas où j’en aurais besoin plus tard. Je rencontre leur famille et leurs amis. Dans les boutiques de vélo, je reçois l’attention qu’on réserve à des grands amis cyclistes. Je fais souvent de belles rencontres en pédalant ou quand je m’arrête.

À jaser avec tout le monde, mon espagnol s’améliore, mon vocabulaire s’agrandi. J’apprends des expressions typiquement colombiennes : mona (blonde), guapa (vaillante) et “chévere” (cool).

On me dit que mon voyage est « chévere ». Moi, je trouve que la Colombie est pas mal “chévere”.

Comme un gros camion chargé

Un peu au sud de Popayan, commence la traversée de profondes vallées et de très hautes montagnes jusqu’à la frontière de l’Équateur. Sur une distance de 360 km, j’ai profité du lift offert par John-Freddy, un chauffeur de camion, histoire d’économiser à mon genou les 4000m de montée.

À vivre pendant deux jours le quotidien d’un chauffeur de camion, je comprends maintenant mieux la solidarité et les encouragements qu’ils m’ont toujours manifestés. Ils comprennent la difficulté de gravir des montées avec un gros chargement. Comme à vélo, en camion, on sait quand on part mais l’arrivée est plus difficile à prévoir.

C’était son deuxième voyage avec un camion tout neuf. Nous avons dû arrêter une nuit parce que la route était fermée à cause d’un éboulis. Le lendemain, partis très tôt, nous avons quand même dû attendre deux heures pour pouvoir passer sur la seule voie qui avait finalement été dégagée. Peu de temps après, dans une descente, nous avons vu passer deux roues… c’était les nôtres ! Il a été impossible de les remettre en place. Nous avons donc attaché l’essieu au dessous de la remorque pour éviter qu’il n’entre en contact avec le sol. Plus tard, la police routière nous a arrêtés à cause de restrictions après 14h00 le dimanche. Deux heures plus tard, ils nous permettent finalement de continuer jusqu’au prochain réparateur de roues. Nous y rattachons mieux l’essieu. Freddy-John fait laver le camion car il doit le ramener propre. Pour finir, nous tombons en panne d’essence dans la dernière grosse montée. Ça me faisait penser à certaines journées de vélo pleines de surprises et à quelques bris et bricolages temporaires.

J’étais curieuse de passer par Pasto, une ville de 480 000 habitants située tout près du volcan Galeras qui était en éruption depuis une semaine.  Éruptions que les colombiens me disent de type tranquille. Je n’ai rien pu voir sinon que les gens continuait leur vie normalement. Au moment où nous y sommes passés, le sommet était complètement dans les nuages et l’était encore le lendemain.

Chavez

Il existe une certaine rivalité de voisins entre la Colombie et le Vénézuela. Le président Hugo Chavez en ajoute ces temps-ci. Ce que j’en perçois par les nouvelles télévisées et les propres émissions de Chavez m’inquiète : son objectif de réaliser une révolution “socialiste” bolivarienne (Simon Bolivar, le libérateur de plusieurs pays d’Amérique latine, avait pour rêve d’unifier l’Amérique latine en un seul peuple et un seul gouvernement) ; son autocratie ;  ses manoeuvres pour se maintenir au pouvoir en modifiant la constitution (qui mèneront le pays vers une dictature de type cubaine) ; ses déclarations contre le gouvernement de la Colombie, son ingérence dans le conflit avec les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie).

Les gens du Vénézuela semblent divisés. Plusieurs des programmes de Chavez, financés par la richesse du pétrole, apportent de l’espoir chez les plus pauvres. J’espère que les gens ne se laisseront pas trop entraîner par sa démagogie et qu’ils sauront mettre leur pied à terre s’il le faut.

Encore plus haut

La pression atmosphérique étant moindre, les liquides et les gaz prennent de l’expansion. J’ai les jambes qui enflent un peu à l’occasion, les pneus durcissent, les bouteilles de liquide font des « pchhiii » quand je les ouvre et se ratatinent en redescendant. L’eau bout à plus basse température et c’est pas facile de bien réussir la cuisson des pâtes.

En haut de 2200m j’ai le souffle pas mal plus court dans les montées. Pour le moment, pas de gros maux de tête (d’habitude ça m’arrive à partir de 3200m). Les matins sont plus froids avec 4ºC.

Un matin je suis partie de Tulcan situé à 2900m par 8ºC pour me retrouver 50 km plus loin, dans le Chato, à 1700m et 36º C. En Équateur, je suis beaucoup plus fréquemment en haute altitude. Je vais y aller plus mollo.

La mitad del mundo

Grande étape géographique : le 10 février à 9h00, j’ai traversé la ligne équatoriale. Assez émue, j’ai passé presqu’une demi-heure au monument  « la mitad del mundo » avec un pied dans chaque hémisphère. 

Abri International

La visite d’études à laquelle je devais participer en mars est reportée à une date indéterminée. Les coopératives d’habitation du Kenya sont durement touchées par la violence post-électorale. Les gens qui devaient nous accueillir sont affectés et auront beaucoup à faire pour évaluer les impacts et s’en relever. 

Martine

Cumbaya, Équateur

14 février 2008