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16 juillet 2007, Haines Junction, Yukon

Par: Martine Hubert
Publié le: 2007-07-16
Dernière mise à jour: 2007-07-16

Il faut que je regarde ma montre pour savoir quel jour on est…

Après le brouhaha des préparatifs (sous-location, entreposage, fin de session au cégep, fins de mes mandats professionnels, transfert des dossiers, petits voyages avec Guillaume et Annie), j’ai finalement eu à vivre la transition à ma nouvelle vie : la vie “on the road” en solo. J’arrivais enfin au moment où ce qu’il y avait devant moi, ce n’était plus les choses à faire avant de partir, c’était : “Comment je vais me trouver bien dans la prochaine année avec tout ce que j’aurai à vivre de beau, d’inattendu, mais aussi de labeurs à pédaler malgré la pluie, le froid, les mouches, les côtes”.  Surtout que je n’ai pas encore la forme idéale et que je pars trop chargée (sachets de repas déshydratés supplémentaires, liquide pour verres de contact — ça coûte cher en Alaska — et plus de lecture que je n’en traîne d’habitude — je lirai les plus lourds en priorité).

Il me tardait de me retrouver seule sur la route pour réapprivoiser cette identité de voyageuse, concentrée sur le “voyage à faire”. Ça m’a peut-être un peu empêchée de savourer Anchorage, Valdez et ses gens. J’ai le goût de revenir en Alaska pour ça, il y a tellement de rivières et de randonnées à y faire… Au début d’un voyage, il m’arrive souvent de me sentir pressée par la distance à franchir. Encore cette fois-ci, j’ai l’impression d’avoir fait trop vite.

Le 9 juillet a été un point tournant. Après deux journées spectaculaires à côtoyer les glaciers des monts Chugach, à contourner la chaîne de montagnes des Wrangell St-Elias avec un peu de pluie à tous les jours, j’ai eu à rouler sous la pluie qui allait durer presque toute la journée. Par 10 degrés Celsius, en ayant chaud sous le parka dans les montées au point de mouiller mon chandail en Capilène, avec comme conséquence de me faire geler dans les descentes.

Après environ deux heures à me demander comment j’allais garder le moral pour des difficultés de ce genre pendant la prochaine année, j’avais la ferme intention de me réfugier sous le premier toit venu — ce fut le débord de toit des toilettes sèches d’une mini halte routière dans un 200 km ayant très peu d’autres services.

J’y suis restée trois heures à lire une collection de récits de femmes témoignant de toutes sortes de dimensions d’aventures qu’elles ont entreprises en solo. Certaines étaient passées par ce que je vivais et le racontaient bien, d’autres développaient des aspects plus spirituels de leurs expériences. Trois heures à regarder le ciel de temps en temps (ça semblait être plus clair à l’ouest), à regarder le rythme de la pluie dans les flaques d’eau, à attendre que ça diminue pour continuer. Après tout, il fait clair tellement longtemps, je peux facilement rouler jusqu’à 23h30.

Finalement, ce trois heures mollo m’a permis de décanter. J’ai repris la route vers 17h00, j’y étais presque toute seule. Assez seule pour réaliser que j’étais en territoire d’animaux et retrouver les impressions déjà vécues lors d’une journée en Colombie-Britannique où j’avais vu sept ours.

La journée qui a commencé sous la pluie est devenue une aventure : trouver de l’eau à filtrer en prévision de camper, bris du levier de la pompe, rouler dans des forêts denses en territoire d’ours, réfléchir sur le meilleur endroit où camper. À une prochaine mini halte routière, il devrait y avoir des toilettes (donc bâtiment solide, donc abri s’il y a une visite d’ours un peu trop entreprenant). À cette halte, vers 20h00 et avec moins d’énergie pour grimper les montagnes devant moi, je me suis dit que c’est une des dernières possibilités pour pouvoir m’abriter.

J’y découvre que le conteneur à déchets (juste à côté des toilettes) est plein à craquer et a déjà reçu la visite d’ours, les couvercles sont éventrés. Le bec de cane d’une des serrures des toilettes est brisé — probablement parce qu’un ours l’a essayé… Mes choix : continuer plus loin et être en plein bois pour camper, monter la tente en sachant que des ours peuvent fréquenter ce site ou, ce que j’ai fait, camper dans les toilettes. Il y avait même la place pour le vélo. “Si un ours n’a pas pu y entrer, je devrais y être en sécurité pour la nuit”.

Je me sens maintenant finalement pleinement dans l’aventure…