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¡Hola!

Par: Martine Hubert
Publié le: 2007-09-26
Dernière mise à jour: 2007-09-26

L'Oregon

L'Oregon a été encore une bonne période de transition. J'y suis arrivée en pleine période touristique. Le climat était différent aussi; humide et frais le matin, un peu de pluie. Mais l'Oregon est quand même plus accueillant pour les cyclotouristes que l'état de Washington.

Transition aussi dans mon style de vie habituel. Depuis quelques années, la mi-août signifiait mon retour au travail après un voyage de deux mois à bicyclette. Cette année, j'ai passé tout droit; au lieu de terminer un voyage, je dois reprendre mon souffle pour continuer. Il y a moins de monde sur les routes, les campings sont presque déserts, les gens s'affairent à leur quotidien. Je dois redéfinir ma propre identité en dehors du travail, garder en perspective mon projet, le restant du voyage.

Une belle rencontre

Betsy, Kim et Willie, leur chien, qui voyageaient en tandem de Seattle à San Diego. Willie se morfondait au début dans la remorque à deux roues, mais est devenu tout heureux dans un panier d'osier sur le porte-bagages arrière. Il saluait les vaches en jappant. Un grand défi dansquelquefois ces routes vallonnées et sans accotement.

La Californie

Ces fameuses côtes sur le bord de la mer avec des virages en épingle et bordées de précipices... je les ai toutes pédalées !  

Quelquefois, je me dépêchais à passer des petits bouts sans garde-fou et bordés par des précipices. Souvent, en montagne, le côté de la route est bordé d'une pente très abrupte et je dois rouler à une distance confortable du bord (ce qui veut dire à une distance inconfortable des autos).

À deux reprises, j'ai dû arrêter pour faire refroidir ma jante arrière (trop chaude d'avoir freiné dans des descentes épeurantes). Au nord de la Californie, on retrouve une succession de descentes rapides entrecoupées de virages à 90 degrés au bout desquelles des virages en épingle donnent suite à des remontées aussi raides que les descentes. Cela nécessite un certain sang-froid et de bons freins.

En plus, mon vélo était très chargé: ayant reçu un paquet en poste restante à Victoria et ne sachant pas trop encore si je devais renvoyer tout de suite les vêtements utilisés pour la pluie et le froid, j'ai tout gardé, les matins étant encore frais et brumeux.

La verdure de l'Oregon fait place à une désertification graduelle. Aux forêts de pruches et de grands pins se succèdent des Eucalyptus, des broussailles, des plantes grasses et des palmiers. C'est aussi le début de la zone où poussent de grandes forêts de "Costal Redwoods", les Séquoias Sempervirens; les arbres les plus grands du monde qui vivent de 500 à 1100 ans, quelquefois même 2000 ans, avec une hauteur de 150m et jusqu'à 3,6m de diamètre.

C'est impressionnant de camper entourée de ces arbres dont les cimes s'entrechoquent quand il vente en faisant le bruit de deux orignaux qui s'affrontent. Imaginez des madriers de 30 à 40 cm de diamètre qui s'entrechoquent. J'éprouve une fascination et un grand respect pour ces arbres qui sont les témoins muets de grands pans d'histoire. Leur plus grande menace: l'industrie forestière. Elle est en train de décimer la plus grande partie des forêts qui ne sont pas protégées dans les parcs nationaux ou d'état. Côtoyer pendant environ une semaine ces organismes vivants m'a aussi beaucoup fait réfléchir à la notion du temps.

Faune

L'autre jour, quatre condors (ces oiseaux volants les plus lourds au monde) m'ont survolée et deux m'ont examinée de très près. J'étais contente qu'ils choisissent de continuer à chercher des lapins et des écureuils.

Au parc Samuel Taylor, à 40km de San Francisco, le romantisme de camper entourée de séquoias géants dont les troncs ont des cavités assez grandes pour m'abriter a perdu un peu de son charme lorsqu'une famille de ratons laveurs s'est mise à en sortir. Ça a fait tout un boucan...

L'ouïe et l'odorat

C'est aussi une expérience sensorielle. En entrant en Californie, j'ai eu l'impression que je devenais sourde. Les sons sont absorbés par l'épaisse et spongieuse écorce des séquoias, le bruit des véhicules est assourdi. Je roule souvent au son des vagues, du vent, du jappement des phoques et même une fois des haut-parleurs diffusant une radio mexicaine pour les cueilleurs de fraises.

Les odeurs : eucalyptus, algues, cultures de fraises, de brocoli, phoques (un mélange d'odeur de poisson et de fumier de vache) et, plus fort qu'au nord, la putréfaction des déchets ou des animaux morts en bordure de chemin. Dans un climat plus chaud, ce genre d'odeurs désagréables est plus fréquent.  J'en fais l'expérience encore plus, depuis que je suis au Mexique.

Un bris mécanique... quelle chance

Des bris majeurs ne sont pas toujours synonymes de catastrophes. La soudure de l'autre oeillet où se rattache mon porte-bagages arrière s'est brisée. J'étais à Gualala, il y avait un atelier de mécanique automobile. J'y ai passé un après-midi relax. On m'a refait une soudure plus solide que l'originale et offert des pommes. Plus tard, au village, j'y ai aussi fait de belles rencontres.

Et la santé

Le genou gauche tient bien. Je fais un "taping" de rotule pour prévenir une douleur qui m'inquiétait de plus en plus depuis trois ans quand je pédalais en mettant un peu trop de pression. Je suis maintenant convaincue que ce n'est pas un placebo et ça fonctionne bien. J'ai maintenant de bonnes jambes et je m'impressionne moi-même quand je regarde ce que je viens de grimper.

Ça reste toujours compliqué pour mes yeux. Pédaler avec un ciel sans nuage et avec la réflexion de la mer dans les lunettes a empiré les difficultés que j'éprouve avec la lumière et mes nouveaux verres de contact.

  J'ai essayé de reposer mes yeux (particulièrement mon oeil gauche) en raccourcissant certaines journées. Je suis aujourd'hui à Ensenada, au Mexique, à ma deuxième journée de pause. Une journée passée sans verres de contact, avec mes lunettes de dépannage (qui ne me permettent pas de fonctionner) ne semble pas être suffisant, je viens de décider de rouler quelques jours avec seulement un oeil pour donner du repos à l'oeil gauche et le traiter avec un anti-inflammatoire. 

Une réflexion, un coup de pédale, une réflexion...

Le temps, notre façon de le percevoir ou de percevoir la vie, est relatif selon qu'on est au début, au milieu ou à la fin. Ce qu'on fait de notre temps est aussi très différent selon les personnes. Certains vont s'économiser pour plus tard, d'autres vont profiter de la vie au maximum ne sachant pas combien de temps elle durera. Certains voudront faire un voyage comme celui que je fais, mais beaucoup plus lentement...

C'est certain qu'en passant plus de temps à un endroit, plus il se produit des rencontres et se tissent des liens. J'aimerais bien prendre ce temps. Des fois, je me demande pourquoi j'ai décidé de couvrir tout ce terrain en si peu de temps. Pourquoi j'ai toujours le goût de grandes aventures très physiques?

Lors de ma première traversée des États-Unis, j'ai réalisé que les gens se ressemblent tous, mais que le contexte géographique et historique crée les différences. C'est peut-être pourquoi, depuis plusieurs voyages, j'ai fait le choix de couvrir du terrain et de comprendre ce qui nous est commun. Je me le demande encore : est-ce que j'apprends plus en faisant cela ou est-ce tout simplement ma façon d'aborder les choses? Est-ce plus superficiel, moins engageant? Est-ce que ma timidité joue une part là-dedans? 

À vélo, la plupart du temps, on a des réflexions très terre-à-terre. D'autres fois, (particulièrement en solo) on a l'occasion, le temps et le goût de se poser des questions...

À rouler en solo, quelquefois je choisis un sujet de pensée qui, parfois, correspond à un besoin. Quand j'ai besoin d'énergie positive parce que j'aborde certaines difficultés, je repense à tous ceux qui m'ont encouragée en me disant qu'ils penseraient à moi. Ça fonctionne super bien!

Autre sujet de pensée profonde en pédalant: je pense rebaptiser mon vélo: "2 roues" ;o)

¡Hasta la proxima!

Martine

Ensenada, Mexique, 18 septembre 2007